Émission n°223 : « La Grèce… et puis après ? »

Émission n°222 : « Les dossiers noirs du Vatican »
20 février 2015
Émission n°224 : « La liberté d’expression, une liberté à sens unique ? »
6 mars 2015

Ce soir, Méridien Zéro consacre son rendez-vous hebdomadaire à la situation économique européenne, par le prisme de la Grèce. Ce sera l’occasion avec nos invités, Michel Drac et Pierre Stadere, d’élargir le point de vue à la finance mondiale, aux questions monétaires et à la « crise » comme moyen de gouvernement.

Comme d’habitude, l’émission est diffusée par nos camarades de Kebeka Liberata et RBN.

A la barre Wilsdorf et JLR, à la technique JLR.

NB : l’émission a été préenregistrée dans une pièce très sonore, d’où une certaine résonance acoustique. Vous voudrez bien nous en excuser.

Des liens pour approfondir, proposés par Pierre Stadere :

 I. Grèce

1. Yanis Varoufakis. Entretien avec Paul Mason (5,14 mn). Channel 4. Lundi 23 janvier 2015.
En anglais ==> http://www.channel4.com/news/we-are-going-to-destroy-the-...

En français ==> http://questionscritiques.free.fr/edito/interview_Yanis_V...

Vidéo (en anglais) :

==> http://bcove.me/scxnjgu1

2. Okeanews. Le meilleur site francophone d'informations sur la Grèce.
==> http://www.okeanews.fr

3. Grèce : le gouvernement pourra-t-il résister au revirement sur les réformes ?
Les dirigeants de Syriza avaient promis à leurs électeurs de revenir sur les conditions de l'aide octroyée à Athènes. Mais, isolés à Bruxelles, ils ont dû céder aux exigences de leurs créanciers européens.
L'Express. Par Jean-Michel Demetz. Mardi 24 février 2015, 14h18.
==> http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/grece-le-go...

4. Georges Papandréou se relance sur la scène politique grecque.
L’ancien premier ministre socialiste grec a décidé de rompre avec le Pasok et de créer son propre parti.
La Croix. Samedi 3 janvier 2015, 11h12.
==> http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Georges-Papandreo...

5. " Puissante et incontrôlée : la troïka ".
Arte. Documentaire (90 mn). Février 2015.
==> http://www.arte.tv/guide/fr/051622-000/puissante-et-incon...

Pour obtenir les prêts dont ils ont besoin pour faire face à la crise, les Etats européens doivent se soumettre aux exigences de trois institutions phares qui forment la troïka : le Fonds monétaire international (FMI), la Commission européenne (CE) et la Banque centrale européenne (BCE). Voici une enquête édifiante sur le rôle controversé de cette troïka.

6." Les cent jour de Jean-Claude Juncker ".
Arte. Documentaire (51,35 mn). Février 2015.
==> http://www.arte.tv/guide/fr/056741-000/les-cent-jours-de-...

Devenu président de la Commission européenne en novembre dernier, comment le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker a-t-il pris ses marques ? Portrait d’un homme puissant et plongée au coeur de la politique de l'UE.

7. " Les millions perdus de l'Europe ".
Arte. Documentaire (51 mn). 2011.
==> https://www.youtube.com/watch?v=9u_LMldfsDI

 II. HSBC.

1. Voilà comment HSBC fête ses 150 ans de criminalité et de corruption bancaire : joyeux anniversaire !
WolfStreet. Par Don Quichotte. Mercredi 11 février 2015.
==> http://wolfstreet.com/2015/02/11/this-is-how-hsbc-celebra...

 J'aimerais commencer par un des plus ignominieux - et donc un des plus oubliés - épisodes de l'histoire coloniale britannique : la guerre de l'Opium contre la Chine.
 
Dans le milieu du XIXe siècle, l'économie britannique était proche de la faillite, principalement à cause de son énorme déficit commercial avec la Chine. Plus simplement, le Britanique ne pouvait pas arrêter de boire le thé que le Chinois produisait alors que le gouvernement chinois n'avait aucun intérêt à importer quoi que ce soit de Grande-Bretagne. Les empereurs manchous croyaient que l'Empire du Milieu possédait déjà tout ce qu'il faut avoir, et donc ne avaient pas besoin des produits des barbares. Tout ce qu'ils voulaient, c'était de l'argent, dont les réserves britanniques s'épuisaient rapidement.
Ce que firent les Britanniques, à travers leur East India Company, un des plus importants monopoles du monde ayant jamais existé, ce fut d'inonder le marché chinois avec le seul produit auquel les Chinois ne purent pas résister et qui se trouvait être cultivé sur de vastes pans territoriaux de l'Inde sous domination britannique : l'opium. Ce faisant, la British East India Company devint le plus important trafiquant de drogue jamais connu dans l'histoire.
 
Lorsque la dépendance à l'opium devint un passe-temps national en Chine, le gouvernement tenta d'interdire la consommation de cette drogue, mais en vain. La demande continua de croître, et avec elle son approvisionnement. Finalement, les Chinois commencèrent à combattre le commerce à sa source, en saisissant les cargaisons des navires britanniques alors qu'ils étaient amarrés dans des ports tels que Canton. La réponse britannique fut de riposter avec toute la force de sa marine de classe mondiale. Ainsi commencèrent les guerres de l'opium et un siècle d'humiliation pour la Chine.
 
Une banque est née
 
Chacune des deux guerres fut suivie d'un " traité inique " à la faveur desquels la Chine dut reconnaître un grand nombre d'abandons de ses droits territoriaux au profit de la souveraineté de la Grande-Bretagne, y compris la possession de Hong Kong. En 1865, cinq ans après la fin de la seconde guerre de l'opium, la Hong Kong and Shanghai Banking Corporation (HSBC) fut fondée. Ses membres furent de très importants entrepreneurs britanniques, tels que Thomas Dent, qui possédait un grand nombre des fumeries d'opium que la Chine avait tenté en vain d'interdire.
 
La banque grossit rapidement hors du produit de l'opium et des fortunes colossales furent faites (dont celle de Warren Delano, le grand-père de Franklin D. Roosevelt). Comme l'a noté de Le Monde diplomatique, la transcription en caractères chinois du nom de la banque était en effet de bon augure, et peuvent être compris comme signifiant " rassemblement de la richesse ".
 
Exactement 150 années plus tard, cette banque - la deuxième dans le monde par ses actifs - a été surprise à faire précisément cela : " rassembler la richesse du monde ". Selon les estimations officielles, elle a amassé et discrètement stocké la richesse de plus de 100 000 individus et organisations internationales à la fortune extrêmement élevée via la sécurité et l'anonymat relatif (l'accent doit être mis sur « relatif ») offerts par le système bancaire suisse.
 
Le dernier scandale de HSBC a éclaté après la sortie de fichiers contenant des listes de clients de sa banque privée suisse. Ces fichiers proviennent à l'origine de fuites réalisées par Hervé Falciani en 2010, un ancien technicien informatique au bureau de Genève de HSBC qui est maintenant sous la protection de la police française et recherché par les autorités suisses pour avoir enfreint les lois sur le secret bancaire du pays, et ils révèlent que la banque basée à Londres a régulièrement autorisé de retirer des " pans de trésorerie ", souvent en devises de peu d'utilité en Suisse. Elle a également agi en connivence avec ses clients pour dissimuler des comptes " noirs " non déclarés à leurs autorités fiscales nationales et fournis des services aux criminels internationaux, hommes d'affaires corrompus, dictateurs ombrageux et autres marchands d'armes troubles.
 
Les yeux fermés sur les crimes bancaires
 
France, Belgique, Espagne, États-Unis, et Argentine ont déjà lancé des poursuites judiciaires contre HSBC et ses clients fortunés. Mais pas le Royaume-Uni, dont l'autorité fiscale a utilisé les données pour apporter une seule maigre poursuite au cours des cinq dernières années. Pire encore, selon The Guardian, les autorités britanniques auraient été déjà en possession d'éléments de preuve détaillés sur des actes répréhensibles de la filiale suisse de HSBC, lorsque le premier ministre du pays, David Cameron, a nommé Stephen Green, le président exécutif de HSBC 2006-10, en tant que... ministre du Commerce.

 Après la nomination de Green, le secrétaire d'Etat [porte-parole] du gouvernement, Vince Cable, avait déclaré ceci :

" Avec Stephen, nous nommons un ministre avec une longue carrière en tant que banquier international de premier plan. [Il est] l'un des rares à avoir passer avec succès la récente crise financière du crédit, et quelqu'un qui a mis une puissante éthique philosophique dans les affaires et le commerce. "
 
Pour le moment, Lord Green (oui, il a aussi été anobli) se refuse à commenter l'affaire, pour " des raisons de principe " - on supposera une référence indirecte à un principe moral, à sa puissante éthique philosophique. Quant à l'institution qu'il a dirigé, il est peu probable qu'elle ait à faire face à beaucoup de recours juridiques, du moins à domicile, grâce à des changements récents dans la législation fiscale britannique visant à protéger les " conseillers professionnels, les agents payeurs suisses et leurs employés " de toute enquête pénale de la part du ministère du Budget et des Douanes de Sa Majesté. Le fait que l'un des hommes responsables de l'introduction de la nouvelle loi - un inspecteur principal en fiscalité du nom de Dave Harnett - est maintenant un consultant de HSBC richement payé relève d'un simple hasard.
 
Aucune douleur, aucune conséquence
 
Compte tenu de la dépendance disproportionnée de l'économie britannique à la City de Londres, il n'est guère surprenant que ce soit son gouvernement - sous le contrôle du Labour ou du parti conservateur - soit complètement sous l'emprise des grandes quatre banques du pays (HSBC, Barclays, Lloyds et RBS). Mais ce n'est pas seulement les autorités britanniques qui sont effectivement les otages des grandes banques comme HSBC. Exactement toutes les nations de la planète le sont, y compris la plus puissante. Aux États-Unis, les grandes banques, avec l'aide du gouvernement, ont créé un système juridique qui leur autorise une sereine promenade dans la vie, comme le procureur général Eric Holder l'a ouvertement admis en 2013 :
 
WolfStreet : " As Luxembourg takes the heat the worlds worst tax haven the City of London remains hidden in plain sight " :
==> http://wolfstreet.com/2014/11/08/as-luxembourg-takes-the-...

  
" Je crains que la taille de certaines de ces institutions devienne si grande qu'il ne devienne difficile pour nous de les poursuivre quand vous vous apercevrez que si vous les  poursuivez, si vous faites porter sur elles des accusations criminelles, cela aura un impact négatif sur l'économie nationale, peut-être même sur l'économie mondiale. "
 
Le message est sans équivoque : il n'y aura pas de poursuites de banques d'importance systémique - ou d'ailleurs des banquiers qui les dirigent. Comme le groupe de jouyeux drilles d'Al Capone, de trafiquants et d'excités de la gâchette avant que leur rendez-vous fatidique avec le légendaire justicier Chicago Elliot Ness, aujourd'hui, les banques trop-grandes-pour-faire-faillite peuvent bafouer à peu près toutes les lois de tous les pays sans la moindre crainte de sanction - à l'exception, parfois, d'un petit coup financier sur les doigts. Ces amendes, mêmes comptées en millions, voire en milliards, sont devenus de simples coûts marginaux dasn le cours des affaires.
 
Lorsqu'il s'agit de faits de rackets financiers, aucune banque - probablement pas même Goldman Sachs - ne peut rivaliser avec HSBC.
 
Au cours des six dernières années seulement, elle a été accusée de et/ou a été convaincue :
- tricheries et manipulations sur à peu près tous les marchés financiers imaginables (LIBOR, marchés des change, or, argent, pétrole, etc.) ;
- "tromperies" sur des produits financiers totalement inacceptables, tels que les swaps de taux d'intérêt à des clients non avertis ;
- blanchiment de l'argent des cartels mexicains de la drogue : qui comprenait le transport de milliards de dollars dans des véhicules blindés, la compensation de chèques suspects, et l'assistance aux trafiquants en passant par les îles Cayman ;
- assistance aux Etats " voyous " comme l'Iran et la Corée du Nord afin d'éviter les sanctions internationales ;
- collaboration étroites avec les banques saoudiennes liés à des organisations terroristes.
 
Ceci est juste un échantillon des crimes et délits dont HSBC est reconnue d'avoir commis au cours des six dernières années ; mais pas un seul de ses dirigeants n'a fait une seule nuit de prison.
 
Donc, c'est qu'une banque née il ya 150 ans par le produit d'un commerce mortel - un métier, dont elle " tâte " encore à ce jour - et qui continue de fonctionner dans la plus grande impunité et immunité pour des faits lourdement sanctionnés par les gouvernements et les lois.

 Ce qui est pire, c'est qu'elle ne fait - et n'importe quelle banque de taille similaire - jamais face à de graves difficultés financières en raison de ses activités pénalement irresponsables (et qui le sont presque toutes certainement), elle est garantie d'être renflouées avec l'argent des contribuables et/ou renflouées avec l'épargne de ses déposants.
 
2. New York Times : " The opium war's secret history " :
==> http://www.nytimes.com/1997/06/28/opinion/the-opium-war-s...

3. Le Monde diplomatique " HSBC, histoire d'eau et d'opium " :
English ==> http://mondediplo.com/2010/02/04hsbc

Français ==> http://www.monde-diplomatique.fr/2010/02/CONNE/18827

4. Guardian : " HSBC Files HMRC data misconduct Stephen Green trade minister " :
==> http://www.theguardian.com/business/2015/feb/09/hsbc-file...

 5. HSBC Bank: Secret Origins to 26/11 Mumbai Attacks.
Great Game India. February 11, 2015.
==> http://greatgameindia.com/hsbc-bank-secret-origins-to-261...

 
III. Capitalisme, finance criminelle et finance de l'ombre (shadow banking).

1. " Le nouveau capitalisme criminel ".
Par Jean-François Gayraud. Odile Jacob. Janvier 2014.
==> http://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences-humaines/droi...

Financiarisé, mondialisé et dérégulé à l’excès, le capitalisme n’est-il pas devenu criminogène, tant il offre désormais d’opportunités et d’incitations aux déviances frauduleuses ?

2. Entretien avec Jean-François Gayraud.
Diploweb. Par Pierre Verluise. Dimanche 30 mars 2014.
==> http://www.diploweb.com/spip.php?page=spipdf&spipdf=s...

Géopolitique du capitalisme criminel. Le Commissaire divisionnaire Jean-François Gayraud vient de publier un ouvrage remarquable : " Le nouveau capitalisme criminel. Crises financières, narcobanques, trading de haute fréquence ", aux éditions Odile Jacob. Il répond aux questions de Pierre Verluise, Directeur du Diploweb.com.

3. Xerfi canal. Video : entretien avec Jean-François Gayraud. (19,26 mn). Février 2014 :
==> https://www.youtube.com/watch?v=eLyfeo9iGgM

4. Le « shadow banking » pèse 75.000 milliards de dollars.
La « finance de l’ombre » a progressé de 7 % sur un an selon le FSB. Elle représente près de 120 % du PIB des grandes économies du globe.
Les Echos. Par Edouard Lederer - EDOUARD LEDERER | Le 30/10/14 à 19H22.
==> http://www.lesechos.fr/30/10/2014/lesechos.fr/02039023825...

 5. Shadow banking : un train peut en cacher un autre !
Les activités non régulées des banques, le shadow banking, représentent désormais l'équivalent de la moitié de leur bilan. Comment diminuer leur importance ?
La Tribune. Par François Leclerc. 5 novembre 2014, 07h43.
==> http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20141105tribff6...

 (...)

La moitié de la taille du secteur bancaire
 
S'appuyant sur la comparaison des tailles respectives du shadow banking et du secteur bancaire, le FSB enregistre que la première, en progression, atteindrait la moitié de la taille de la seconde, qui stagne. Relevant que les mesures de régulation sont à l'origine de ce dernier phénomène, soit parce que des activités ont été déportées, soit parce que la taille des bilans bancaires a dû être contenue. Mais là n'est peut-être pas le plus intéressant, car cette constatation n'est pas une découverte. Une ventilation entre centres financiers fait par contre apparaître que la plus forte progression du shadow banking serait à attribuer à la Chine, troisième place où il prospère par ordre d'importance après Wall Street (loin devant) et la City. Sept pays émergents auraient vu leur secteur non régulé croître de plus de 10 % dans la période considérée. Destinée à se poursuivre, la contribution des pays émergents n'est pas un phénomène négligeable, tant s'en faut, vu leur importance mondiale grandissante.

(...)

6. La finance mise au pas ?
Le shadow banking system et la crise financière.
Cahiers français n° 375. Par Esther Jeffers et Dominique Plihon. Juillet août 2013.
==> http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/libris...

L’enchaînement de catastrophes économiques depuis 2007 pose la question des failles de la réglementation financière. Comment des institutions aussi régulées que les banques ont-elles pu se comporter de manière aussi imprudente ?

La crise des subprimes a révélé l’existence d’un système financier parallèle ou de l’ombre – d’où la dénomination de shadow banking system – dont le rôle dans la genèse et la propagation de la crise financière est aujourd’hui bien démontré. S’il s’est d’abord développé aux États-Unis, les grandes banques universelles européennes y ont très vite joué un rôle majeur.

 Comment et pourquoi ce réseau d’acteurs financiers pratiquant des activités proches de celles des banques, mais échappant aux réglementations auxquelles celles-ci sont soumises, a-t-il connu un tel essor ? Les réformes financières menées un peu partout pour tirer les leçons de la crise ont-elles permis de le réguler de manière satisfaisante ?

 7. Les risques du shadow banking : le point de vue du superviseur.
Banque de France. Par D. Nouy. Avril 2013.
==> https://acpr.banque-france.fr/fileadmin/user_upload/acp/p...

8. " La City - La finances en eaux troubles ".
France télévision. RTBF. RTS. Documentaire (51,40 mn). Novembre 2011 :
==> http://www.dailymotion.com/video/xlpx1f_documentaire-city...

9. " Argent sale, le poison de la finance ".
France 5. Documentaire (52 mn). 2012.
==> https://www.youtube.com/watch?v=Y-fT6GNRHkg

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